étoiles filantesÉnergie étoiles filantes


on s'occupe de votre argent

Droit à l'énergie …

Y a de l'air dans le gaz
Ca bosse à l'EDF
L'offensive du sévice public à la française
Combien de temps encore EDF jouera au Monopoly ?
La libéralisation de l’électricité : un enjeu européen

Chirac rassure la CGT 

 Publication judiciaire
  La tempête

La tempête (suite)

Pantomime à Barcelone

Lettre type de réclamation au sujet de la "Contribution au Sévice Public de l'Énergie"

Ouverture du marché de l'énergie : un dossier informé

 

A l'heure où l'on établit un droit à l'énergie minimale pour les plus pauvres d'entre nous, incapables de régler leur facture d'électricité, l'on menace d'exclure de ce droit les défenseur de la libre propriété !!!!!

Le droit positif (donc abusif) de consommer sans payer ne fait plus l'objet d'une discussion chez nos hérauts du "sévice public", par contre c'est le droit même de vivre pour les hommes libres qui est attaqué par le monopole étatique malfaisant d'EDF.

Je m'emballe direz-vous, mais écoutez plutôt cela :

Quittant ce 6 avril mon domicile à 9 h 30 pour me rendre sur mon lieu de travail (oui, je sais, il y en a parmi vous qui commencent plus tôt, mais je suis prof donc ....), j'entends au sortir de mon studio, un furieux pressant toutes les sonneries de notre interphone.

Descendant les escaliers après avoir avisé la camionnette bleue type d'EDF, j'ouvre au quidam. A la hâte de rejoindre mon train monopolisé d'État (SNCF), j'accompagne cependant l'agent de l'État jusqu'aux compteurs.

Serviable, je fus mal récompensé, le gars en question m'agresse d'un "vos interphones ne sont pas conformes !".

Tiens étonné, je lui demande en quoi, calmement, et posément il me répond "cela fait plusieurs mois que j'essaie d'avoir accès aux compteurs et je ne peux pas rentrer dans votre immeuble". Bien sûr, dis-je, il s'agit d'une copropriété (privée s'entend), il appartient donc aux copropriétaires de contrôler l'accès à l'appartement.

Sur ce, le type bandit les arguments types de nos oppresseurs "C'est pas légal, il faut que vous installiez un interphone avec clé Denis", il me montre ladite clé, "sinon vous êtes dans l'illégalité". La grande affaire que voilà, mon brave monsieur, cette clé circule partout, n'importe quel malfaisant pourrait alors rentrer chez nous. C'est un autre problème répond-il, z'êtes obligés d'avoir ce type d'interphone pour les pompiers, la police, je vais donc signaler ce problème à ma direction pour qu'ils prennent contact avec votre syndic. Là, je rétorque "c'est moi le syndic et il n'est pas question de laisser n'importe qui entrer sans contrôle, il faut signaler votre passage à l'avance pour que nous nous organisions". Notre quidam ment alors effrontément prétendant avoir laissé un avis de passage, or si c'était le cas il n'aurait pu nous échapper.

Enfin, la menace suprême est brandie : "puisque vous refusez de nous laisser accéder librement à l'immeuble, nous sommes en droit de vous couper l'électricité !", suivi du fameux ."j'en référerais".

J'attends donc de pied ferme des nouvelles d'EDF.

Résumons l'affaire :

 EDF passe dans les immeubles privés sans émettre d'avis de passage (au contraire des immeubles publics).

 EDF exige de pouvoir pénétrer sans avertir dans n'importe quel lieu privé, pourtant EDF n'exige pas des locataires publics une installation leur laissant libre accès.

 L'agent d'EDF reconnaît que les truands peuvent avoir la même clé que lui, mais "c'est un autre problème", notre sécurité et intégrité ne font pas partie de ses préoccupation, c'est cela le "service public".

 L'État aurait fait passer des lois au bénéfice d'EDF et consorts, décidant de quel interphone était réglementaire et chargeant les propriétaires de payer de leurs charges la soumission aux intrus étatiques.

Solution, laisser toutes les portes ouvertes dans la copropriété et acquérir un gentil Rottweiler qui aimerait tous ses braves maîtres et qui se chargerait d'accueillir nos agents de l'État. Mais attention, si par quelque mystère notre gentil compagnon bouffait un agent de l'État, nous serions responsables en dépit de la violation manifeste de propriété.

Donc une meilleure solution serait d'unir les syndics bénévoles comme moi avec les autres syndics et propriétaires, d'atteindre une taille critique qui nous permettrait de rémunérer un gardien filtrant l'entrée d'intrus dans notre rue. Nous pourrions assurer l'entretien et le bon fonctionnement de la rue, comme n'importe quelle copropriété. Ce me semble être l'amorce d'une solution. Ensuite nous choisirions en AG de copropriété nos fournisseurs d'eau et d'électricité selon des critères concurrentiels et de service. Il nous appartient donc de nous mobiliser, de saisir les élus locaux, les associations d'usagers, parler à nos voisins et révéler l'ignominie d'EDF et consorts. Je compte sur vous.

Sachez que faute d'œuvrer dans ce sens, des agents de l'État pourront sous le moindre prétexte (suspicion de fraude et autres inquisitions) décider de violer votre propriété (quel sens peut donc avoir la propriété privée dans ce pays en ce cas ?), votre intimité. Ils pourront par caprice décider de vous priver d'énergie, alors que deviendrez-vous ? Acceptez de vous plier comme des moutons aux diktats de ces super-privilégiés vivant de vos capacités contribuables et demain tout ce que vous avez sera pillé, dévasté, grâce à ces passes que n'importe quel truand peut se procurer. Au mieux vous n'aurez plus rien, au pire agressions, viols pourront avoir lieu à votre domicile. Les coresponsables nous les connaissons, nous les nommons : EDF

 J'engage tous nos amis de la liste à me communiquer toutes les difficultés qu'ils auraient pu rencontrer vis-à-vis des monopoleurs-exploiteurs que ce soit en France, en Suisse, en Belgique et ailleurs, nous préparons pour la version française d'EuroLibertarians le fameux "Observatoire des Sévices publics"

En ce qui me concerne cette affaire n'en restera pas là, je compte sur votre soutien, réfléchissons ensemble au problème. Nos amis juristes sont également sollicités à titre gracieux afin que nous puissions étudier ou établir une jurisprudence sur les abus d'EDF, la défense de la propriété et la rétrocession des rues à leurs propriétaires.

Xavier COLLET, le 19 juin 1999

 

Y a de l'air dans le gaz

Le gaz est venu dans la commune de Paray-Vieille-Poste en 1994.

J'étais content car j'avais une vieille chaudière au fioul qui ne fonctionnait plus bien. Les brûleurs à fioul sont délicats à régler et souvent la chaudière s'encrasse.

J'ai envoyé mon épouse se renseigner à la mairie et elle est revenue avec un formulaire pour se relier à la conduite de gaz.

J'ai été un des premiers à être relié avec une prime pour les premiers demandeurs.

Nous avons dû attendre un peu, mais la conduite fut relativement vite installée. Et j'ai été relié assez rapidement, mon installation étant prête en même temps.

C'est là la surprise. J'ai toute de suite voulu tester le nouveau gaz, mais cela ne marchait pas. Le gaz refusait de s'allumer et après insistance il s'allumait avec un bruit de chalumeau mal réglé. La flamme s'éteignait. J'ai pensé que mon installation n'était pas suffisamment purgée. J'ai alors ouvert les fenêtres et j'ai laissé le gaz ouvert suffisamment longtemps pour être sûr que vraiment l'installation était purgée.

J'ai obtenu une petite amélioration mais le gaz ne faisait pas une belle flamme, c'était une flamme instable variant en couleur, loin du brûleur et sans rendement. Elle s'éteignait souvent.

J'ai pris la décision de faire part de ma mésaventure à GDF qui dépêcha une personne assez rapidement.

La personne a commencé par incriminer une absence de purge de l'installation. Alors, devant lui, j'ai ouvert les fenêtre, déconnecté un appareil, puis j'ai laissé ouvert le gaz pour une purge plus rapide. Visiblement sans effet. Il a ensuite critiqué mon matériel, je lui ai répondu que ce matériel avait déjà fonctionné au gaz de ville avec succès donc le problème n'avait rien à voir avec mon matériel. Là, gêné et voyant qu'il avait affaire à une personne qui savait de quoi elle parlait, il a avoué qu'il avait disposé au bout de la canalisation principale une torche pour purger la conduite mais qu'il fallait du temps. Il était clair que je devais attendre et que mon raccordement avait été prématuré.

C'est ainsi que j'ai dû attendre environ deux mois pour avoir du gaz sans air.

Bien sûr j'ai bénéficié d'un raccordement promotionnel et d'un prix du gaz un peu inférieur car sur la facture, GDF avait pris soin de baisser un peu le coefficient correspondant au  pouvoir calorifique du gaz livré mais pas dans les proportions de la réalité.

J'ai demandé dédommagement mais je n'ai jamais pu obtenir de réponse, malgré leur promesse de répondre à tout courrier. Quand le courrier dérange, il est impossible d'avoir une réponse !

Pendant deux mois nous n'avons pas utilisé les appareils à gaz tout en payant notre abonnement et nous avons tout de même dû payer l'air que nous avons tiré de la conduite de gaz pour pouvoir se rendre compte si le mélange d'air et de gaz était suffisamment faible pour l'utilisation de nos appareils.

Voilà, j'aurais aimé être prévenu de ce désagrément connu de GDF. La prime d'installation obtenue ne compensait vraiment pas les désagréments c'était une tromperie.

 

Jean-Marie BRUTY, le 9 mai 2004


Ca bosse à l'EDF

L’éditorial de François d’Orcival, de Valeurs Actuelles " Une politique signée CGT ", lu certes un peu tard (il date du 16 janvier), auquel s’ajoute l’article de Contribuables Associés, constituent des témoignages précieux sur le mode de fonctionnement des baronnies sauvages d’État au XXème siècle.

J’ai moi-même l’impression de n’être pas de ce temps quand je vois que de telles aberrations sont dévoilées sans que nul ne fasse plus que s’offusquer poliment. Quand les mots de services publics, de démocratie interne restent utilisés en lieu et place de friponnerie et racket organisé.

Cette fois encore le sévice public nous vient d’EDF-GDF et de la présentation faite par les médias des accords sur la réduction du temps de travail dans ce monopole sauvage.

Les négociations y ont aboutis à la semaine des 32 heures avec maintien du pouvoir d’achat. En réalité la CGT gouverne EDF comme sa propriété, son joujou qu’elle nous facture, fort cher d’ailleurs puisque pour que les salariés y condescendent à travailler 32 heures, il aura fallu que le gouvernement nous distrait de 600 millions à injecter chez EDF. Comme l’avoue lui même Denis Cohen, secrétaire générale de la fédération CGT de l’énergie, dans le Monde du 13 janvier : "C’est la seule entreprise du secteur public pour laquelle le gouvernement a dit qu’il verserait 600 millions de francs. Cette aide pousse la direction des syndicats à conclure." Il l’a donc dit ! ! !

Nous achetons ainsi du temps libre pour créer des emplois (enfin, nous, bon, vous m'avez compris comme dirait l'autre …), c’est là d’ailleurs la justification de la réduction du temps de travail.

Cela marche alors!

Ah, oui, cela marche dans le public, tout est question de dirigisme et il n’y a rien de mécanique dans tout cela puisqu’il s’agit d’autorité de passer de 4 000 à 5 000 salariés en 3 ans, soit de nous faire payer 150 000 francs par salarié supplémentaire. Dans le privé cela pourrait marcher aussi, je créé une usine de tee-shirt, je les vend le double de la concurrence, je paie mes salariés 15 000 F/mois, les habille gratis et les fait travailler 1/3 de temps en moins. Mes acheteurs vont me donner 150 000 F en plus pour chaque nouvel employé afin que je maintienne ma production. Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt. Quoi, ça ne marchera pas ? Bah alors il suffit de me faire nationaliser et de m’accorder un monopole de service (pardon sévice) public. Après tout si ça ne marchait pas je serais obligé de mettre tout le monde au chômage et le droit de se vêtir en souffrirait.

Face à la concurrence une EDF qui ne pourrait pas plonger la main dans nos portefeuilles serait perdue.

D’autant que le président d’EDF François Roussely, a reconnu dans les Échos du 13 janvier que " le surcoût instantané, sur la base du coût horaire, journalier ou mensuel d’un salarié d’EDF par rapport à un salarié de la Lyonnaise des Eaux est peut-être de 5, 10 ou 15 % ".

Car l’objectif n’y est pas la rentabilité (lire le service du client) mais le bien-vivre au mépris de l’usager forcé et même menacé dans mon cas. On ne s’étonnera donc pas que la CGT se batte contre la directive européenne. J’en reparlerai d’ailleurs plus tard.

Xavier COLLET, le 11 mai 1999

 

L'offensive du sévice public à la française

Cette fois le ton va être plus sérieux car je suis furax et il s'agit là encore d'une lutte à mener pour l'évidence et contre les conneries ambiantes si bien tolérées de par chez nous.

Alors que le secteur électrique aux USA compte plus de 3500 entreprises produisant, transportant ou distribuant de l'électricité ; que l'Allemagne en dénombre un millier ; combien d'entreprises travaillent dans ce secteur en France ? Une seule : EDF ! De ce fait, EDF est le premier électricien au monde par la grâce du monopole accordée par les hommes de l'État et de nos subsides rackettés.

On devrait pourtant sortir de l'ombre dans ce pays, car le compromis adopté par le parlement de Strasbourg ouvre le marché européen de l'énergie à la concurrence à partir du 19 février 1999.

Mais encore une fois les salopards en France se sont protégés. Le territoire se distingue par une ouverture du marché limitée au minimum prévu par le compromis, c'est à dire 26,5 % . Cette ouverture ne concerne donc que 400 entreprises !!! En conséquence, nous restons les otages d'EDF et qu'ils ne comptent pas sur le syndrome de Stockholm en ce qui me concerne …

Pourquoi maintenir encore notre sujétion qui date de la nationalisation du secteur électrique en 1946 ? Mais bien évidemment pour continuer à protéger quelques intérêts bien compris. EDF est devenu un État dans l'État, un État socialiste s'entend, géré par une CGT arrogante, qui se paie moult avantages dont une semaine à 32 heures aux frais du contribuable.

Nous avons tout à gagner de la libéralisation : depuis 1990, le monopole sauvage de l'État britannique a éclaté pour laisser la place à une quinzaine de sociétés privées, la production, le transport, la distribution furent scindés permettant à la concurrence de jouer la transparence et d'offrir aux consommateurs de meilleurs services à moindres coûts, effectivement les tarifs britanniques sont les plus faibles en Europe.

Et nous devrions aller dans ce sens, car la directive européenne permet à Vivendi, Air Liquide, au groupe Suez-Lyonnaise, de se lancer dans la construction de centrales. Des baisses de tarifs sont donc attendues pour les entreprises, mais pour les particuliers on en reste au service public, c'est-à-dire qu'ils devront payer le prix fort (normal puisque le public est au service d'EDF).

En réalité même dans l'applications de cette libéralisation minimale, les hommes de l'État traînent leurs galoches, ils ne respectent pas la directive. Ainsi en attendant les décrets d'application (pas avant septembre), les industries concernées par le droit à la libéralisation pourront attaquer l'État français pour entrave à la concurrence. Nous encourageons les consommateurs de plus de 100 GWh par an d'avoir recours aux voies légales.

Mais attention, l'État a des ressources et a lancé sa machine de guerre baptisée Commission de Régulation de l'Électricité (CRE). Celle-ci sera garante des sévices publics qui nous sont chèrement imposés.

Après le CSA, l'ART, voici la CRE, un nouvel outil de régulation sauvage sur lequel nos coups devront porter.

Du côté de la Fédération de l'énergie CGT l'offensive est également à l'ordre du jour, les gérants d'EDF ont lancés leurs pitbulls, députés communistes à l'assemblée, afin qu'ils votent contre la directive européenne. Il faudrait aussi comme l'aurait dit Bastiat qu'ils votent contre les levées de soleil condamnant des embauches supplémentaires à EDF pour cause de lumière du jour !!!

Xavier COLLET, le 12 juin 1999

 

Combien de temps encore EDF jouera au Monopoly ?

Le groupe étatique français EDF exerce un monopole sur un marché intérieur de 30 millions de consommateurs d’électricité. Il vend aussi de l’électricité à l’étranger et pas seulement des surcapacités temporaires aux pays frontaliers : sur 16 millions de clients d’EDF à l’extérieur des frontières de la France, 8 millions sont au Brésil, 3 millions en Argentine, plus d’un million en Afrique, etc.

Ce double caractère de monopole intérieur et d’exportateur est totalement contraire aux principes européens. De plus une directive communautaire (96/92/CE du Parlement Européen et du Conseil), fixe désormais des règles communes dans le marché intérieur de l’électricité. Cette directive vise à ouvrir progressivement à la concurrence le marché de la production et de la fourniture de l’électricité. Les 15 États-membres devaient adopter les mesures nécessaires à la transposition des dispositions de la directive en droit national au plus tard le 19 février 1999, date ultime pour 12 d’entre eux, la Belgique, la Grèce et l’Irlande disposant de 12 à 24 mois supplémentaires.

Sur les 12 États-membres qui devaient adopter ces mesures au plus tard le 19 février 1999, 10 ont déjà procédé à la transposition de la directive et ont communiqué les textes à la Commission. Deux États-membres seulement, la France et le Luxembourg, ne les ont pas encore communiquées à la Commission européennes.
Dans ces conditions, celle-ci a décidé le 24 novembre d’adresser une lettre de mise en demeure à la France (et au grand-duché du Luxembourg) pour non-transposition en droit national des dispositions de la directive concernant des règles communes dans le secteur de l’électricité. La France, certes, avait présenté à la Commission un projet de texte législatif adopté par l’Assemblée nationale. Ce texte a ensuite été modifié par le Sénat. À la réunion de la Commission mixte paritaire du 18 novembre un accord entre les deux Chambres du Parlement n’a pas été conclu. La Commission a décidé d’engager la procédure de l’article 226 et d’envoyer une mise en demeure demandant que la France fournisse les informations nécessaires dans les quinze jours qui suivent l’arrivée de la lettre. La Commission se réserve le droit, après avoir pris connaissance des observations des autorités françaises ou si les observations n’étaient pas parvenues dans le délai convenu, d’adresser à la France un avis motivé en vertu de l’article 226.


Cela vient précisément au moment où le Land allemand du Bade-Wurtemberg annonce (23 novembre), comme prévu, la vente pour 2,4 milliards d’euros des 25 % qu’il détient dans EnBW (Énergie Bade-Wurtemberg) à Électricité de France, permettant ainsi au groupe monopoliste français de s’implanter sur le marché allemand de l’électricité. Depuis sa libéralisation en avril 1998, celui-ci se trouve déjà soumis à une importante concurrence. L’Allemagne est d’ailleurs pour l’instant le seul pays européen à avoir totalement libéralisé son marché de l’électricité. Elle est donc d’autant plus amenée à demander une nécessaire réciprocité en matière de concurrence. Mais on remarquera que si EDF et EnBW coopèrent depuis les années 50, si le Français fournit à l’Allemand du courant produit en surcapacité si les deux entreprises possèdent chacune 50 % des centrales hydroélectriques d’Iffezheim et de Gambsheim, EDF fournit aussi par ses filiales London Electricity à Londres et South West Electricity (SWEB) à Bristol de l’électricité à 3,3 millions de clients en Grande Bretagne. Il n’est donc pas possible qu’EDF joue très longtemps au Monopoly, fermant le marché français à la concurrence européenne.

En Allemagne, les consommateurs ont déjà bénéficié d’une baisse de tarif de l’ordre de 30 % du fait de la concurrence. En France, au contraire, une force politico-syndicale qui s’appelle la CGT, s’oppose à cette mise en concurrence qui se traduirait tout simplement par une amélioration du niveau de vie des Français, particulièrement sensible pour les familles les plus modestes et pour les artisans.

Jean-Gilles MALLIARAKIS, le 26 novembre 1999 in "Courrier Quotidien des Libertés"


La libéralisation de l’électricité : un enjeu européen

 

L’énergie farouche, avec laquelle cégétistes et politiciens français résistent aux directives concurrentielles européennes, mérite un regard plus attentif. Ainsi l’adoption très tardive d’une loi régularisant, avec des pincettes, la distribution de l’électricité en France a de quoi fasciner.

Depuis 1996, une Directive européenne a fixé les règles du marché intérieur européen de l’électricité. Ces règles rendent complètement obsolète le statut adopté en 1946, pendant le "Tripartisme".Mais la France tarde à réviser ses vieux dogmes, et le 22décembre 1999 la Commission adressait, en vertu de l’article 226 du Traité instituant la Communauté européenne un avis motivé à la République française pour non-transposition.
Dans l’urgence, et pour empêcher que la France soit condamnée par l’Europe en manquement d’État, on a donc procédé à une navette entre les deux assemblées. Dans toutes ces discussions, le groupe communiste et le groupe RCV sont montés au créneau pour enrayer la libéralisation nécessaire du marché de l’énergie. L’un des principaux défenseurs du système monopoliste aura été en cette occasion M. Claude Billard député PCF du Val-de-Marne rapporteur de divers projets socialo-communistes. Sa bataille monopoliste à retardement tend à hérisser de faux concepts, prétendument sociaux ou ridiculement nationalistes, la route de la Liberté : fixation par décret d’un tarif " produit de première nécessité", limitation du négoce " aux producteurs qui, pour compléter leur offre achètent de l’électricité pour la revendre", etc. Dans ce délire, la propagande cégétiste fait feu de tout bois.

 

Pire qu’une bête, la honte ne l’étouffe jamais. L’Humanité du 4 janvier publiait ainsi un sondage où 93 % des Français seraient satisfaits du service public de l’électricité. Les 7 % de mécontents, — cela peut sembler beaucoup s’agissant du courant électrique ! — sont-ils de mauvais Français ? Ces pourcentages quasi staliniens sont là pour nous le suggérer. Et puis, les agents EDF sont venus si gentiment en janvier réparer les dégâts provoqués en décembre sur leurs lignes aériennes ! Voilà qui mérite reconnaissance !


Il se trouve cependant que le 19 janvier s’est concrétisé l’accord par lequel EDF acquiert 24,1 % du capital du 4ème producteur allemand, EnBW, fournisseur d’énergie dans le Bade-Wurtemberg.
Or, le ministre allemand de l’Économie et de la Technologie, M. Werner Müller en tire des conclusions très claires et très rigoureuses. Dans un entretien publié par Le Monde (29 janvier), il déplore en effet que cet intervenant soit un monopole étatique à 100 % et il déclare très clairement :


1° " J’attends que le gouvernement français privatise EDF. "
2° " la France ne respecte pas le droit européen: elle aurait dû transposer la directive européenne sur la libéralisation du marché de l’électricité européen depuis février 1999. C’est un autre élément perturbateur du marché. "


Les monopolistes se heurtent alors à une double réalité.
Premier aspect : l’Allemagne est aujourd’hui le principal contributeur de l’Union européenne.
Deuxième aspect : l’Allemagne est le principal partenaire de la politique et des grandes entreprises françaises au sein de l’Europe. Non seulement les échanges franco-allemands sont essentiels à l’économie française, mais toute l’année 1999 aura vu se développer des accords impressionnants entre les plus grands groupes français et allemands.

  • Le 4 mai 1999, accord Bourse de Paris + DeutscheBörse.

  • Le 14 octobre 1999, accord Aérospatiale Matra+ Dasa = EADS

  • Le 6 décembre 1999, accord Framatome + Siemens= 3,1 milliards d’euros

  • Le 15 décembre 1999, accord Rhône-Poulenc+ Hoechst = Aventis = 17,8 milliards d’euros.

 

La "culture de grève" cégétiste a bien pu s’agiter comme le 18 janvier pour faire pression sur le débat parlementaire du 19. Cette "culture de grève" cégétiste est strictement incompatible avec un capitalisme allemand dont le ministre Müller rappelle qu’il est fondé sur le consensus et la cogestion." Quand elle est bien utilisée la cogestion est une arme stratégique", déclare-t-il. M. Müller est homme de 53 ans, issu du secteur privé allemand, (groupe RWE puis Vega). Sans référence à un parti, il exerce un rôle considérable dans le gouvernement Schroeder. La France devrait se préparer à travailler sérieusement avec lui, non à mener des batailles d’arrière garde.

 

Jean-Gilles MALLIARAKIS, le 7 février 2000 in "Courrier Quotidien des Libertés"

 

 


Chirac rassure la CGT

 

On peut espérer enfin une ouverture du capital d’EDF. Enfin, rien n’est fait et les précédentes déclarations  de Chirac n’ont pas été effacées.  Ah oui notre bien triste sire  se veut le garant de ce que la gauche la plus ringarde ne peut plus défendre. Ce n’est pas nous qui le disons mais le Canard Enchaîné dans une brève du 20 mars 2002, titrée « le gauchiste de l’Elysée » :

« Le chef de l’Etat et le Premier ministre ont donc défendu conjointement, au sommet européen de Barcelone, « les services publics à la française » et le report à 2004 de l’ouverture du capital d’EDF. Pas une feuille de papier à cigarettes n’a séparé les deux cohabitants. Commentaire de Jospin devant les ministres qui l’accompagnaient en Espagne : « le discours que Chirac a tenu sur les services publics en séance plénière, j’aurais pu moi-même le tenir. Même la Gauche socialiste aurait pu le reprendre à son compte. Entendre ça dans sa bouche, c’était incroyable. D’ailleurs, Berlusconi et Aznar étaient médusés d’entendre Chirac parler ainsi. » Preuve que Chichi peut encore surprendre. »

Après la nomination d’un nouveau gouvernement, on peut s’attendre à quelques avancées. Malheureusement nous n’avons ni Aznar ni Berlusconi au poste de Premier ministre, mais celui qui a laissé son nom à une loi anti-concurrentielle.

Il ne faut donc que compter sur nos forces, à la base nous pouvons devenir les fers de lance de revendications authentiquement libérales, pas de doute qu’elles seront reprises et que des alliés nous attendent sur le chemin. Qu’ils reprennent à leurs comptes nos exigences, nous ne demandons que cela. A cet égard la réaction de Sarkozy, retranscrite dans le même Canard Enchaîné, nous laisse présager des ouvertures – particulièrement quant on connaît le côté diplomate du personnage qui n’a pas voulu par une telle déclaration griller ses chances de premier ministrable de l’époque - :

« Moi, je suis pour la privatisation d’EDF, mais ce n’est pas possible tout de suite parce qu’on ne sait pas combien ça vaut. Il y a une sensibilité au service public qui est plus exacerbée chez le candidat (Chirac) que chez moi. »


Xavier COLLET, le 29 avril 2002

Publication judiciaire

Non, c'est pas vrai, dit, c'est pas possible ?

Mais, si, tiens lit donc c'est marqué.

Comment, mais c'est en tout petit et personne n'en a parlé, c'est même pas un article c'est une publication judiciaire en petits caractères dans le Monde du 21 juillet 1999. Qui peut donc s'arrêter à lire des publications judiciaires ? Et puis quoi, EDF responsable d'un homicide ! D'accord ce n'était qu'un accident, mais si c'était le fait d'une compagnie privée on aurait encore parlé des meurtres de la mondialisation, de la course aux profits sans souci de l'humain …..

Bon c'est fini ce délire ? Allez, je retranscris tel quel.

Extrait des minutes du greffe du tribunal de grande instance de Draguignan

Par jugement contradictoire rendu le 23/11/98, le Tribunal de Grande Instance de Draguignan statuant en matière correctionnelle a condamné : ELECTRICITE DE FRANCE, pour avoir à Callian le 25 juillet 1996, par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou les règlements, en l'espèce en ayant omis d'élaborer une directive générale relative à la visite des lignes basse tension, à leur contrôle et à leur entretien, notamment au regard de l'article 26 de l'arrêté ministériel du 26 mai 1978, involontairement causé la mort de Jonathan BEYL. Faits prévus par Art.221-6 al.1.C.Pénal et réprimés par Art221-6al1, Art221-8, Art221-10 C.Pénal. A la peine de : une amende délictuelle de UN MILLION DE FRANCS. Le Tribunal a en outre ordonné : Publication de la décision par voie de presse dans deux journaux de consommateurs (Que Choisir, 50 Millions de Consommateurs) et trois journaux nationaux (Le Monde, Le Figaro, Libération) avec le coût maximal par insertion de 15 000 Frs. Pour extrait conforme. Le Greffier.

Et pour rien du tout, la publication de la décision passe sur Internet, à moins que je réclame 15 000 Frs à l'EDF.

Ce drame de la négligence d'un sévice public passe pour le moins inaperçu, il vaut d'être signalé et d'être rappelé à l'heure où certains claironnent de concert que privé et sécurité ne font pas bon ménage. Balayez donc devant votre porte, et vous journalistes, ouvrez votre gueule quand il le faut, votre silence nous perce les tympans. .

Xavier COLLET, le 26 juillet 1999

 

Merveilleuse tempête, enfin un nouveau moyen de se faire de l'argent se disent les ministres du peuple.

Mais comment ?
Simple répond l'écho !
Simple : On fait payer par les assurances tous les dégâts et on encaisse la T.V.A. sur tout ce qui se vend, plus les taxes sociales sur tout ce qui bouge.
Et si les sociétés font malgré tout des bénéfices, l'État en prélèvera 50% en désignant ces sociétés honteuses qui osent faire des bénéfices, sur lesquels l'État est, (mais il oublie de le dire) après de très nombreux prélèvements préalables (plus de 50%), et reste encore associé pour moitié.
Pour les bénéfice s'entend, mais pas pour les pertes !

Eh bien la tempête ne fera pas exception !
Enterrement des nombreux morts, soins des blessés, voitures endommagées ou détruites, murs écroulés, tout sera prétexte pour faire entrer de l'argent dans les caisses gérées par les gouvernants. Comment ?
Via la T.V.A.

Il aurait été pourtant simple de déclarer remboursable toute T.V.A. encaissée à l'occasion du sinistre. Mais ce serait un geste fait par les dirigeants contre une bonne aubaine dont les revenus serviront à couvrir une gestion plus catastrophique qu'il n'y parait.
T.V.A. à laquelle s'ajoutent les prélèvements signalés plus haut.
Et ce sont les assurances qui payeront, donc vous et moi… alors pourquoi se gêner !
Quant aux millions publics, ils serviront avant tout aux châteaux, aux demeures et sites de l'État, là ou les politiques et leurs amis vont en vacances, sans oublier les chasses ministérielles.
Mais il est vrai que le peuple a le droit de visiter ces demeures construites par des princes et dans lesquelles vivent nos ministres, une fois par an. En faisant bien attention de ne rien déranger, car cela leur appartient. Cela fait partie de leur patrimoine. Mais manque de chance, les ministres l'ont oublié, les ont fait acheter à prix d'or sur les fonds publics pour que le peuple ait le droit d'une simple visite une fois l'an. Et encore doit-il faire la queue pendant des heures.

Belle opération, financière, félicitations et vive la fraternité.
FRATERNITE, tout est dans ce mot. Car ici encore il est vrai que si nous nous souvenons bien de la légende d'Adam et Ève, la première mort, le premier crime sur terre, est du à un frère…. qui tua son propre frère.
C'est cela aussi l'esprit de fraternité…

Pas de téléphone pour les sinistrés :

Le téléphone français est un des plus onéreux du monde, des milliers de fois plus cher qu'aux États Unis, ce qui rend les entreprises françaises beaucoup moins compétitives.
Enterrées qu'elles sont sous des charges uniques au monde.
Par contre les lignes téléphoniques ne sont pas enterrées, elles.

Mais un état patron qui grâce à cela bénéficie de revenus exorbitants, avec des directions confiées à des politiques dont certains ont même rang de ministre. Plus une retraite à 55 ans. Des temps de " travail " minorés.
Mais pour faire passer la sauce, on nomme cela UN SEVICE PUBLIC, non il y a faute de frappe, nous voulions écrire UN SERVICE PUBLIC.
Heureusement la privatisation pourrait y mettre bon ordre, alors on manifeste contre elle, et l'on garde des secteurs exclusifs, sous forme de monopole que l'on ne diffuse pas vers la province, par crainte d'une concurrence indésirable…. dans les SERVICES PUBLICS. Comme c'est le cas pour certains secteurs plus performants sur Internet interdits en France.
Pas d'Électricité pour les sinistrés :
Vendue par Électricité de France aux autres pays Européens moins cher qu'aux français, l'électricité devra diminuer ses tarifs grâce à la chute du monopole d'État.

Mais jusqu'ici :
Toutes les factures de gaz et d'électricité déjà plus chers qu'ailleurs, sont majorées de un pour cent en faveur d'organismes gérés par les syndicats qui empochent cette manne. Prélèvement qui porte même sur les plus démunis, les surendettés. Ceux auxquels les dettes sont remises, mais sur les fonds publics, c'est à dire payées par vous et moi.
Des bénéfices importants, très importants, gérés par l'État et ses acolytes, patrons d'un peuple démuni.
Mais pas de lignes enterrées qui auraient pu résister victorieusement à la tempête.

Mieux encore il est question, malgré ces bénéfices, de faire payer cet enterrement des lignes haute et basse tension, par les communes, c'est à dire par vous et moi.
Des voitures détruites, mais remboursées par les assurances, c'est à dire vous et moi, et sur lesquelles l'État prélève : impôts, taxes, T.V.A. et douanes représentant une part pouvant atteindre plus de 50%
Et il est question de mettre de nouvelles taxes sur les carburants.

Et s'inspirant de méthodes dignes de la gestapo des nazis, des élus ont osé proposer de mettre des mouchards sur les voitures immatriculées en France.
Il est évidant que ces mouchards ne sauraient être installés sur les voitures des élus du pays de la Liberté, de l'Égalité et de la Fraternité.
Ce qui est bon pour le peuple ne saurait convenir au clan des roitelets de pacotille. Dominants qu'ils sont avec leurs quelques dix pour cent des voix.
Car eux détiennent les cordons de toutes les bourses de tous les citoyens.
Qu'on se le dise…..
Et qu'on ne prenne pas la pollution pour prétexte, car les taxes n'y changent rien.

Par contre si l'on parlait des déplacements ministériels effectués en avion privé à réaction qui pollue beaucoup plus. Si l'on évoquait l'avion " Concorde " et tous les autres appareils que nos usines construisent. Sans compter l'usage de la police sur motos à essence pour porter les plis, en lieu et place de la poste, pourtant sous l'autorité d'un ministre ! ou encore police montée, utilisée pour escorter un " officiel ! ", alors que cette police serait plus utile à la protection du citoyen.

Une solution simple et efficace, réexpédier nos ministres écolos laver leur linge sale à la fontaine, repasser leurs nippes avec un fer au charbon, s'éclairer à la bougie, circuler et porter leur correspondance à cheval.
Cela nous éviterait une nuisance. Celle de leur présence, occupés qu'ils seront à des tâches ménagères.

DERNIERE MINUTE
Lors de la construction des autoroutes, il avait été convenu par le gouvernement de la République française, que les sociétés d'autoroutes feraient acquitter un péage par les usagers, (ce que ne font pas la plus grande partie des autres pays) mais qu'au terme de trente années, c'est l'État qui en assurerait les charges. Or non seulement les autoroutes (qui pourtant diminuent la pollution !), ne sont pas gratuites, comme convenu, mais les péages vont augmenter.

Pauvres électeurs français bernés à nouveau.

Christian GERMAK, in "Arts Gazette", le 20 janvier 2000

 

La tempête (suite) : EDF et Hydro-Québec, même combat

Dans le dernier numéro de Société Civile vous avez pu lire notre article (« Les média et les pouvoirs publics ne parlent que des services publics ») sur le monopole que s'est arrogé EDF dans la réparation des dégâts causés par la tempête de décembre alors que ce sont les petites entreprises privées qui ont fait le gros du travail. Et voilà que, grâce à nos lecteurs, nous apprenons qu'un événement similaire a eu lieu au Québec. En janvier 1998, une tempête de verglas s'abat sur la région québécoise causant d'énormes dégâts et privant d'électricité 3 millions de personnes. Comme en France, les médias ont largement montré l'étendue de la catastrophe et l'héroïsme des employés d'Hydro Québec, entreprise publique. Personne n'a cherché à savoir si l'entreprise canadienne n'était en partie responsable de la catastrophe ni mis en doute sa capacité à réaliser les réparations. Toutefois, suite aux pressions d'un petit groupe de journalistes, le gouvernement du Québec s'est senti obligé de créer une « Commission scientifique et technique chargée d'analyser les événements relatifs à la tempête de verglas survenue du 5 au 9 janvier 1998 » présidée par un ingénieur et qui a rendu son rapport en avril 1999. Ce rapport est accablant pour la société Hydro Québec. Il en résulte que l'organisation face à la crise a été défectueuse, que le niveau de sécurité a été déficient, que les lignes électriques étaient vieilles de plus de vingt ans, l'entreprise préférant, comme EDF, investir plus dans son Comité d'entreprise que dans la modernisation de son matériel.

Menacées par l'ouverture à la concurrence, les deux entreprises d'Etat réagissent de la même manière : elles manipulent les média et les gouvernements, influencent l'opinion publique et occultent leurs responsabilités. Une seule différence: en France, il n' y a pas eu de Commission d'enquête.

 

Société Civile n° 4, Mai 2000

 

Pantomime à Barcelone

Ce que la propagande nous présente comme une vraie victoire française est en fait une déroute.

D'abord on a vu une nouvelle fois les deux cohabitants faire ceux qui ne se connaissaient pas et se tirer la langue en public ! Jusqu'au bout de leurs fonctions ils ont montré une image ridicule de la France et les hauts représentants des autres pays s'en sont bien amusé. Comment prendre au sérieux un pays, naguère l'un des plus grands, qui accepte cette comédie pendant cinq ans ?  La quasi-absence de la France dans les affaires internationales s'explique en partie ainsi et couramment les autres pays se plaignent de ne pas savoir quelle est la vraie politique de la France.

(On se serait félicité que les hommes de l'État aient continué à fermer leur gueule quand on voit les positions aberrantes de Chirak en 2003) NDLR.

Un journaliste belge a dit : « De ma vie, je n'ai jamais vu une poignée de main aussi glaciale. Votre Président a grommelé quelque chose comme « ...nistre » ; le Premier ministre lui a serré la main sans le regarder ». Bien entendu ils n'étaient pas arrivés avec le même avion jetant par-dessus les Pyrénées à l'aller et au retour l'argent public dont ils n'ont vraiment rien à faire.

Mais ces deux cohabitants abusifs se sont vantés dans la presse d'avoir « fait valoir l'intérêt de la France ». En fait ils ont été soutenus dans leurs efforts par leurs camarades des autres pays. Quelle est la raison ? Nos lecteurs le savent : c'est la « loi des secours mutuels ». Dans les diverses « Républiques Fromagères » que sont les prétendues grandes démocraties, les grands tenanciers se soutiennent toujours entre eux : le soutien mutuel passe avant toute considération et, notamment,  l'intérêt supérieur des pays : on assiste avec horreur à une appropriation privée de la politique étrangère. La presse dit franchement et cruellement que c'est la période électorale qui a permis de faire valoir les thèses françaises montrant bien le jeu de cette loi des secours mutuels. Il n'y a en fait donc aucune gloire pour la France à se vanter d'un apparent succès.

Mais voici le plus grave. Les deux candidats officiels sur fond de trafic électoral ont dit que l'accord sur l'EDF était un succès en vue du bien commun : c'est un énorme mensonge. Ce sont les consommateurs et contribuables français qui vont souffrir pendant des années en attendant une complète libération et une nécessaire privatisation de l'électricité.

En fait à Barcelone ce fut une double défaite de la France : défaite par le ridicule et défaite par la prolongation d'une situation ruineuse.

Un jour ou l'autre l'EDF sera dénationalisée et malgré leurs convictions socialistes communes les deux cohabitants le savent. Le vrai problème est la valeur de cette firme gigantesque.  Elle se vante d'être performante et bien sûr d'appartenir à cet univers imaginaire « que le monde entier nous envie ». Une fois grattés les progrès techniques que reste-t-il ?  Qui  parle vraiment du problème des retraites ? . 100 000 retraités et 40 000 bénéficiaires d'une pension de réversion pèsent très lourds et on se demande qui va les payer. Si l'on passait les provisions nécessaires il faudrait 45 milliards d'euro c'est-à-dire plus que le chiffre d'affaires. Sans connaître les fonds propres dont le montant n'est guère publié cela veut dire que très probablement  l'affaire ne vaut pas plus que 1 seul euro ! Quant au fameux 1% du chiffre d'affaires versé au comité d'entreprise, c'est à dire à  la CGT personne n'en parle non plus dans le tintamarre actuel. Il n'a certainement pas disparu. 

A Barcelone, les deux cohabitants ont une fois de plus retrouvé le consensus entre eux uniquement pour continuer à  ruiner la France.


                                                                                                                                           Michel de PONCINS, le 23 mars 2002

 

EDF GDF SERVICES

Tour PB6 – 20, Place de la Défense

92050 Paris La Défense Cédex

 

Objet : Question à propos de la Contribution au Service Public de l’Electricité (CSPE)

 

Madame, Monsieur,

    Je constate que la facture d’électricité sert maintenant de prétexte pour un nouveau prélèvement dont j’ignore complètement la fumeuse justification. Permettez-moi de vous signaler que ce genre de procédé est tout à fait critiquable bien que je ne doute point que la plupart des gens, endormis par des discours rassurants ou assommés par la masse des prélèvements existants, se laisseront faire en silence. Pourtant, soit la production et la distribution d’électricité est un service public au même titre que la police, la justice ou l’armée, et c’est l’impôt qui financera cette mission via le budget de l’État ; soit l’État est une entreprise commerciale comme une autre et ses recettes doivent couvrir ses coûts de production. Entre les deux, c’est le règne de la confusion. Mais, dans les deux cas, ce genre de contribution, baptisée « CSPE », est une aberration à la limite de la légalité…mais au point où nous en sommes en France.

 Contrairement à un opérateur téléphonique qui ne pourrait pas se permettre ce genre de pratique au risque de perdre un client, vous surchargez donc la facture sans que je puisse dénoncer le contrat. Voilà bien là le doux privilège du monopole. Je forme le vœu que cette position abusive de monopole disparaisse au plus vite avec l’avènement d’un marché européen concurrentiel de l’électricité dans lequel les pratiques de tarification deviendront plus rigoureuses.

 

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

 

 

Jean-Louis CACCOMO, le 5 janvier 2004

 

 

Dans ce texte, l’auteur s’efforce de rappeler les faits et les déclarations importants sur la privatisation d’EDF et de rétablir certaines vérités. Il analyse ensuite les problèmes et indique des conditions de succès de l’ouverture de capital proposée


1 Les faits sur EDF

1.1 Le service actuel est de bonne qualité

- Disponibilité du courant sur tout le territoire et 24h/24, avec très peu de coupures (pour l’essentiel : intempéries et grèves) ;
- Tension fournie aux abonnés (voltage contractuel) bien respectée ;
- Capacité de production et de transport correctement dimensionnée ;
- Rétablissement rapide du courant après un une tempête, par des agents dévoués au service public ;

D’où une bonne image de marque du service public d’EDF auprès des Français.

1.2 Conséquences de la production d’origine 86% nucléaire

1.2.1 Le prix de l’électricité

La CGT a affirmé dans [2] qu’EDF vend en France son électricité environ 15% moins cher que son prix à l’étranger. On ne voit pas sur quelles bases repose cette affirmation, car dans le rapport annuel [6] on trouve les deux graphiques suivants, pages 35 et 39 :

On voit qu’il y a des pays européens où les particuliers payent l’électricité moins cher qu’en France et d’autres où ils la paient plus cher. De toute manière, les prix sont plafonnés par le gouvernement.

On voit que les prix moyens payés en Europe par des petites ou moyennes industries :
-  Sont, en France, plutôt en dessous de la moyenne européenne ;
-  Ne sont pas systématiquement plus chers dans les pays où le marché a été libéralisé. Ce phénomène s’explique par le fait que, lorsqu’un Etat régule son marché, il est libre de fixer ses prix à sa guise pour subventionner la consommation ou prélever un impôt sur elle.

On remarque aussi qu’EDF a un problème de productivité ou de gaspillage : comment se fait-il qu’avec une production 86 % nucléaire (la solution la moins chère - et de loin - de l’avis même d’EDF), une taille permettant les économies d’échelle (EDF est le plus gros producteur de l’Union européenne) et des prix dans la moyenne européenne, l’entreprise ne dégage pas des marges suffisantes pour son autofinancement et soit obligée d’emprunter et d’omettre de provisionner les retraites des agents et le démantèlement prévisible de ses centrales nucléaires ?

1.2.2 L’émission insignifiante de CO2

EDF émet très peu de gaz carbonique à effet de serre. Voici ce qu’on trouve dans [6] page 16 :

On voit au passage sur ce graphique l’irresponsabilité des écologistes allemands, qui veulent fermer les centrales nucléaires, dans ce grand pays gros consommateur d’électricité, déjà mal placé sur le plan de la pollution par gaz à effet de serre. La puissance nécessaire au pays ne pourra pas être fournie par des éoliennes ou l’énergie solaire, d’abord lorsqu’il manque du vent ou du soleil, ensuite parce que l’électricité produite à partir de ces sources est beaucoup plus chère que celle produite à partir de charbon, abondant en Allemagne et proche des centrales consommatrices.

1.2.3 Indépendance énergétique de la France

En ce moment, les géants que sont la Chine et l’Inde, en croissance rapide, créent une pénurie mondiale de matières premières : pétrole, le charbon, divers minerais et des métaux, dont les prix mondiaux ont fortement augmenté ; en outre, leurs importations mobilisent tellement les flottes marchandes que les prix du transport par mer ont explosé. La France, dont la proportion d’énergie d’origine nucléaire produite localement est la plus élevée du monde, souffre moins de ces pénuries et hausses de prix que les autres pays. Ses habitants en tirent un avantage pour leur pouvoir d’achat et ses entreprises un avantage concurrentiel.

A terme, toutefois, il peut y avoir un problème : au rythme actuel d’extraction mondiale, l’uranium nécessaire aux centrales peut s’épuiser dans une centaine d’années. Cette menace est d’autant plus sérieuse que les centrales actuelles n’utilisent que l’isotope U235, qui représente seulement 0,7% de l’uranium extrait ; le reste, U238, ne serait utilisable que dans d’autres types de centrales, qui ne sont pas encore au point.

1.3 L’ouverture à la concurrence du 1er juillet 2004

EDF a trois métiers :
-  La production d’électricité, dont 70% du marché s’ouvre à la concurrence le 1er juillet 2004. Parce qu’EDF a déjà des concurrents producteurs raccordés au même réseau de transport d’électricité, elle perdra mécaniquement des parts de marché au profit de ces concurrents. Si, alors, elle garde tout son personnel, comme l’Etat s’y est engagé, la situation de sureffectifs coûteux actuelle (voir ci-dessous) s’aggravera encore ; EDF devra donc chercher à se développer dans d’autres métiers (conseil et ingénierie, par exemple) pour profiter de sa compétence et justifier son personnel.
-  Le transport d’électricité, qui sera filialisé pour garantir sa neutralité par rapport aux fournisseurs concurrents, mais ne sera pas privatisé.
-  La distribution d’électricité, qui gère les réseaux de distribution aux abonnés et leurs compteurs ; elle ne sera pas privatisée non plus.

Le statut actuel d’EDF, en tant qu’EPIC (Etablissement Public Industriel et Commercial) ne lui permet pas de faire d’autres métiers. Pour se développer dans d’autres métiers, EDF doit changer de statut.

1.4 Conséquences de la hausse de la consommation d’électricité

La consommation d’électricité, qui a crû de 4% en France en 2003 d’après [6] page 47, se développe dans tous les pays. Et le développement de la climatisation accélérera fortement cette croissance. Il faut donc investir constamment en capacités de production et de transport pour pouvoir satisfaire la demande, faute de quoi les coupures de courant entraînent des pertes de production économique, un moindre confort des particuliers et de la pollution par recours à des énergies fossiles (charbon, lignite, pétrole, gaz) au lieu du nucléaire.
Il faut savoir, en effet, que l’énergie solaire et l’énergie éolienne coûtent beaucoup plus cher que l’énergie d’origine fossile, elle-même plus onéreuse que l’énergie nucléaire. Une des raisons de cette cherté est que, pour chaque KW de capacité de production solaire ou éolienne, il faut installer et entretenir 1 KW de capacité fossile ou nucléaire, pour les jours où il n’y a pas de soleil ou de vent, car l’électricité ne se stocke pas ; et cette production de remplacement doit être géographiquement assez proche, parce que le transport de l’électricité subit de fortes pertes en ligne : les adversaires du nucléaire oublient en général de le rappeler.

C’est parce qu’ils n’ont pas investi suffisamment que certains pays (Italie, Royaume-Uni, Californie, etc.) ont de temps en temps de grosses coupures par manque de capacité de production ou de transport. En Californie, par exemple, les prix de vente de l’électricité étaient plafonnés par les pouvoirs publics à un niveau qui ne permettait pas d’investir pour développer la production ; celle-ci ne suffisait donc pas lors des pointes, d’où des coupures.

Il faut aussi interconnecter les réseaux des pays voisins, pour :
-  Pouvoir se dépanner mutuellement en cas de surcharge ou panne locale ;
-  Profiter des heures de pointe différentes entre pays pour mieux lisser la consommation et les pointes, donc éviter d’investir seul dans de la surcapacité ;
-  Vendre l’électricité nucléaire française, moins chère, à nos voisins qui en manquent ou la produisent à coût plus élevé, parce que leur pourcentage de production nucléaire est inférieur.

1.5 Les prix de l’électricité devront monter en France

Selon [3] et [6] jusqu’à présent, l’Etat a maintenu les prix français d’EDF dans la moyenne des prix européens. Ces prix ne permettaient pas :
-  De financer tout son développement international, où il a fallu emprunter pour acheter des parts de marché.
-  De financer le développement d’activités de service diverses, en France et ailleurs, où EDF pourrait vendre son savoir-faire ; de toute manière, le statut public actuel d’EDF lui interdit de faire autre chose que son métier de producteur, transporteur et distributeur d’électricité, et c’est en partie pour pouvoir développer ces activités nouvelles qu’EDF doit changer de statut.
-  D’investir suffisamment en centrales et réseau de transport, financés aussi en partie par des emprunts.
-  De provisionner le démantèlement des centrales nucléaires (environ 45 milliards d’euros en 2004, qu’il faudra bien par un jour).
-  De provisionner les retraites des agents, onéreuses parce que généreuses et attribuées souvent dès 55 ans.

L’Etat permettra à EDF désormais d’augmenter ses prix français, pour ne pas devoir alourdir le budget national de subventions ou de prêts supplémentaires ; EDF pourra ainsi se constituer des marges de profit. En général, dans le monde, les prix de l’électricité et du gaz sont corrélés avec les coûts des autres énergies, notamment avec ceux du pétrole ; ils peuvent donc monter fortement à l’occasion.

Non seulement l’Etat na pas investi dans EDF depuis 23 ans, mais il y a prélevé des impôts : 1,6 milliards d’euros en 2003 (47% du résultat). Les comptes consolidés 2003 du groupe font aussi apparaître (voir [6] page 29) un impôt différé net de 5,6 milliards d’euros.

Désormais, l’Etat devra donc faire payer aux clients d’EDF des prix plus réalistes, donc plus élevés. C’est là une nécessité économique et commerciale, sans rapport avec le changement de statut ou l’ouverture du capital. La CGT oublie de présenter les raisons objectives de hausse de prix ci-dessus, et attribue les futures hausses à la privatisation capitaliste, où elles serviraient à rétribuer les actionnaires.

1.6 Un groupe en sureffectif

Selon [6], en 2003 EDF comptait 110.352 salariés en France (167.309 dans le monde), beaucoup plus que les autres compagnies d’électricité en Europe. Malgré le coût par KWH réduit des 86% de production nucléaire, ces sureffectifs, et les avantages sociaux, expliquent l’incapacité d’EDF à s’autofinancer. Et la générosité des retraites explique son incapacité à les provisionner. Et par faiblesse, par peur des syndicats et pour avoir la paix sociale, le gouvernement vient de faire annoncer par la direction d’EDF l’embauche de 3500 agents supplémentaires d’ici fin 2005 !

1.7 Les privilèges inouïs du statut des agents

-  D’après [3], le temps de travail ne dépasse pas 32 heures par semaine, payées 35 heures ;
-  Le comité d’entreprise a un budget de : 450 millions d’euros en 2003 (1% du chiffre d’affaires, 3500 € par agent). Mais il a réussi l’exploit d’afficher... 200 millions de francs de pertes sur l’exercice 1998-1999. Ce comité d’entreprise fait profiter chaque année plus de 640.000 personnes de vacances bon marché et autres prestations sociales : les agents, les agents en retraites, leurs familles... C’est même la première source de tourisme social en France, au frais du client EDF et du contribuable.

Rappelons aussi :
-  La stabilité de l’emploi ;
-  La retraite au bout de 37 ans ½, et même à 55 ans pour 60% d’entre eux ;
-  Les énormes avantages sociaux :
-  assurance maladie extrêmement généreuse, couvrant même des proches et des retraités ;
-  vacances à prix réduit ;
-  logement pas cher ou aidé financièrement ;
-  électricité et gaz quasi-gratuits pour les résidences primaire et secondaire des agents actifs ou retraités.

Lorsque les manifestants prétendent défendre le service public, ils omettent de dire qu’ils défendent d’abord leur statut de privilégiés.

1.8 Situation financière et comptable

-  Selon [3] :
-  La Cour des Comptes, dans un rapport de 1994, affirmait qu’EDF avait pu échapper à tout impôt sur les sociétés pendant longtemps par l’application de normes comptables dérogatoires du droit commun ;
-  EDF a aussi bénéficié d’une aide de l’Etat versée pour l’aider à passer aux 32 heures ;
-  Depuis 1981, EDF ne reçoit plus de dotation directe de l’Etat, mais bénéficie d’une garantie d’emprunt de celui-ci qui lui permet de s’offrir le fameux "AAA" des agences de notation, si convoité.

Voici un passage de [3] :

"Passons en revue ces investissements [d’EDF] :
-  En 2000, signature d’acquisition de 25% (plus d’un milliard d’euros) du capital de la compagnie régionale allemande d’électricité Energie Baden-Wurtemberg, quatrième électricien allemand, avec un chiffre d’affaires de 4,1 Mds d’euros. Cette entreprise a déclaré 173 millions d’euros de pertes pour l’année.
-  EDF a aussi acheté des parts de Montedison (deuxième producteur d’électricité italien) pour 1,1 Mds d’euros et détient 18% du capital d’une société commune créée à cet effet avec Fiat... et seulement 2% des droits de vote de Montedison, c’est-à-dire aucun pouvoir. [Cette limitation des droits de vote résulte d’une loi "anti-EDF", votée à cette occasion par le parlement italien pour se protéger de l’influence d’une société étrangère d’Etat].
-  En Chine, EDF a construit et financé pour 700 millions d’euros la centrale électrique au charbon de Laibin, qui connaît des pannes à répétition se traduisant par de grosses pénalités.
-  EDF contrôle totalement la distribution d’électricité de l’Etat de Rio de Janeiro, par achat de la compagnie Light et exploite une centrale en Argentine (Edenor). Light subit les conséquences de l’effondrement du real, la monnaie brésilienne, et Edenor se trouve dans un pays en faillite. En perdant la moitié de sa valeur, le real a fait mécaniquement doubler la dette de Light à hauteur de 1,6 Mds d’euros. La dette est libellée en dollars et n’était pas couverte contre les risques de change. EDF avait investi 1,5 Mds d’euros et devra assumer une dette de 1,6 milliards. Au total 4,3 Mds d’euros d’investissement (28 milliards de francs), des pertes de plus d’un milliard et une dette de 1,6 milliards. Et la liste n’est pas finie. Tous ces investissements catastrophiques ont été réalisés par des emprunts sous la tutelle du ministère des Finances, qui couvre ces opérations en les garantissant avec l’argent du contribuable français".
-  En matière de développement international, les prises de participation et les investissements en capacité de production et de transport ont été, pour l’essentiel, financés à crédit. De ce fait, EDF a des engagements financiers hors bilan considérables : plus de 13 milliards d’euros.
-  Les investissements internationaux d’EDF ont parfois été imprudents, comme dans le cas du Crédit Lyonnais, où ils ont généré des pertes de l’ordre de 20 milliards d’euros, et de France Télécom, qui a battu ce record.
Dans les trois entreprises les imprudences ont eu la même origine : une gestion par de hauts fonctionnaires qui n’avaient pas les capacités de management nécessaires, et n’avaient pas fait leurs preuves à la tête de grands groupes privés. Sachant que l’Etat les soutenait, que ses fonctionnaires chargés de contrôler leurs décisions étaient assez tolérants, et qu’il s’agissait d’argent public, pas de leur propre argent, ces dirigeants ont souvent pris des risques énormes qui se sont ensuite avérés catastrophiques. Ils les ont pris d’autant plus facilement qu’en cas de désastre leur statut de fonctionnaire protégeait leur emploi.
-  L’investissement en centrales nucléaires est à très long terme (durée de vie actuellement prévue : 40 à 50 ans), de même que l’investissement en réseau de transport, dont la capacité doit suffire pour éviter des pannes lors des pointes de charge.
Idéalement, les financements correspondants à ces durées doivent provenir du capital même de l’entreprise ou de prêts à très long terme, de l’ordre de 30 ans. Ce genre de prêt, qui existe aux Etats-Unis, n’est pas proposé en France, parce que la tradition d’inflation élevée, qui a prévalu pendant des années, en rendait les conditions inacceptables. Mais aujourd’hui, avec une inflation maîtrisée grâce au contexte européen, de tels prêts ou émissions d’obligations devraient être possibles avec la garantie d’un actionnaire de confiance. Comme l’Etat français a promis à Bruxelles de ne plus garantir les emprunts d’EDF à partir du 1er juillet 2004, il devra soit fournir les fonds lui-même, en capital ou en compte d’actionnaire, soit obliger l’entreprise à emprunter à plus court terme, donc à rembourser plus chaque année, ce qui exige une hausse des prix de l’électricité ou de son transport. De toute manière, Bruxelles veillera à ce que les conditions de prêt consenties à EDF ne lui donnent plus d’avantage concurrentiel, comme c’était le cas jusqu’ici.
-  La comptabilité d’EDF ignore la charge des retraites dues aux agents (environ 50 milliards d’euros) et la provision pour démantèlement des centrales nucléaires (45 milliards d’euros) ; EDF a, en outre, des engagements hors bilan de 13 milliards d’euros. _ Si l’entreprise avait une comptabilité de société anonyme, elle serait virtuellement en faillite. Le résultat d’exploitation est sans grande signification, car l’Etat fixe les prix de vente et continuera à le faire après l’ouverture de capital, puisqu’il gardera la majorité absolue.

1.8.1 Conséquences de l’ouverture en cours des marchés européens

Selon [6], 70% du marché de l’électricité français est ouvert à la concurrence au 01/07/2004. Désormais EDF est obligée de louer de la capacité de transport ou de production ou de distribution à des concurrents, et éventuellement de leur en acheter, donc :
-  Fin du monopole, c’est-à-dire de l’intégration totale production + transport + distribution, séparation des trois activités, chacune en concurrence avec d’autres fournisseurs ;
-  Perte mécanique de parts de marché aux concurrents ;
-  Absurdité de justifier le maintien des emplois si le chiffre d’affaires a diminué, par ce que les emplois en surnombre devraient être payés en pure perte, c’est-à-dire pour 70% aux frais de l’Etat et de ses contribuables ; Pour maintenir l’emploi et assurer de bons prix de revient en France par économies d’échelle, en exploitation comme pour les investissements, EDF doit donc se développer :
-  A l’étranger, en achetant des parts de marché, ce qui exige des fonds et un statut d’entreprise privée (exemple : EDF étant une entreprise d’Etat, il y a une loi italienne anti-EDF limitant ses droits de vote à 2% dans l’entreprise italienne Montedison, dont elle détient 18% des actions) ;
-  En France, en continuant à investir en moyens de production (futurs réacteurs EPR, techniquement et financièrement supérieurs) et de transport ;
-  En ajoutant à son offre actuelle de nouveaux services, qui profitent de sa compétence (ex : ingénierie), alors que son statut actuel d’entreprise publique lui interdit de faire autre chose que ce qu’elle fait aujourd’hui. EDF a donc besoin de financement, alors qu’elle n’a pas assez de capitaux propres. Elle doit donc trouver des financements :
-  Par apports de capital ;
-  Par emprunts (solution plus chère).

2. Arguments du gouvernement pour justifier son ouverture du capital d’EDF

Maîtrise du capital : l’Etat ne descendra pas en dessous de 70% (au lieu de 60 à 66% promis jusqu’au 27 mai). Il aura donc la majorité absolue de la future EDF, et pourra faire ce qu’il voudra en matière d’investissements et de prix de vente.

2.1 Importance du parc nucléaire pour l’indépendance énergétique du pays

Cet argument est exact. Mais on ne voit pas pourquoi les politiciens français en déduisent l’obligation que la majorité du capital d’EDF reste publique. D’éventuels investisseurs privés, français ou non, n’auraient aucun intérêt à saboter leur investissement en l’empêchant de produire de l’électricité ou en économisant sur la maintenance. En outre, Etat pourrait imposer à EDF un cahier des charges contraignant en matière de permanence du service public, de niveau des prix, de maintenance, et de volume d’investissements nécessaires pour suivre la croissance des besoins.

Pour perdre son indépendance en matière d’énergie nucléaire, la France devrait être privée (hypothèse absurde) de son aptitude actuelle à se procurer du combustible nucléaire, approvisionnement sans rapport avec la possession des centrales et du réseau de transport ; ou elle devrait être privée de son aptitude à retraiter le combustible usagé, hypothèse tout aussi absurde.

2.2 Durée des investissements dans le nucléaire

Cet argument, aussi exact que le précédent, est utilisé par le gouvernement de manière aussi peu convaincante. Ce n’est pas parce que son financement doit être à long terme que le parc nucléaire doit appartenir à l’Etat. Pour que des investisseurs acceptent un tel financement, il suffit qu’il soit rémunérateur et que les garanties de remboursement soient sérieuses. Ces conditions sont parfaitement remplies par des centrales nucléaires à l’étranger, pourquoi ne le seraient-elles pas en France ? Elles sont aussi remplies par des ouvrages d’art (grands ponts et tunnels, etc.) Enfin, des autoroutes françaises, financées à très long terme, ont été privatisées sans inconvénient.

2.3 Arguments destinés à apaiser les syndicats

-  Garantie du statut des agents, c’est-à-dire de leurs privilèges.
-  Engagements sur le maintien des effectifs, même lorsque l’ouverture du 1er juillet 2004 produira une perte de parts de marché et un chiffre d’affaires en baisse dans certaines activités, c’est-à-dire une surabondance de salariés. En fait, l’Etat a même promis l’embauche de 3500 agents supplémentaires d’ici fin 2005.
-  Lors de l’ouverture du capital, 15% sera réservé aux agents EDF.

Les deux premiers arguments sont des promesses de non-évolution faites par un gouvernement faible, qui a peur des syndicats. Ils prouvent qu’un gouvernement français n’est pas maître de ses propres établissements publics, qu’il doit ménager leurs syndicats. Ceux-ci n’hésitent pas à recourir aux coupures de courant, c’est-à-dire à prendre le public en otage, sûrs de l’impunité de ceux qui sabotent ainsi l’économie et privent leurs concitoyens du droit de disposer d’électricité. Ils manifestent aussi au volant des véhicules de service, aux frais d’EDF, impunément.

Dans ces conditions, on ne peut pas garantir que la future EDF sera gérée dans l’intérêt de ses actionnaires, ni même du pays, son principal actionnaire et son client ; elle risque d’être gérée d’abord dans l’intérêt de ses salariés, les pertes éventuelles étant aux frais des contribuables.

C’est pourquoi, personnellement, je n’investirai jamais dans une EDF où l’Etat est majoritaire absolu et les syndicats ont un tel pouvoir : cette entreprise ne réunit pas les conditions pour qu’un investissement privé y soit raisonnable.

2.3.1 Les 500 millions de recapitalisation

La promesse d’un apport par l’Etat 500 millions d’euros de capital pour le développement d’EDF est une mesure strictement psychologique, destinée à prouver aux syndicats et à leur base que l’Etat a cédé quelque chose après leur manifestation du 27 mai. En effet, cette somme est dérisoire par rapport aux dettes et engagements d’EDF, ou à son besoin de recapitalisation (environ 10 milliards d’euros de fonds propres supplémentaires).

3. Arguments de la CGT contre l’ouverture du capital

- "L’opération projetée par l’Etat est une privatisation." C’est inexact : l’Etat restant majoritaire absolu avec 70% du capital, les investisseurs privés n’auront aucun pouvoir. L’Etat a en outre garanti le maintien du statut des agents et de leurs effectifs. Le qualificatif "privatisation" est donc fallacieux : la CGT utilise un procès d’intention pour effrayer les gens qui ont peur de l’entreprise privée. Le qualificatif exact est "ouverture de capital".
-  "Les privatisations à l’étranger ont entraîné des baisses de qualité de service et des hausses de prix : la privatisation d’EDF est donc une mauvaise solution pour le service public."
La CGT est le principal syndicat d’EDF, et celui qui gère son richissime comité d’entreprise. Une enquête judiciaire est en cours pour savoir si ce comité n’a pas subventionné la CGT, directement ou non. Si une vraie privatisation était à l’ordre du jour, avec perte de privilèges statutaires des agents et baisse des subventions colossales au comité d’entreprise, la CGT serait le premier perdant. En outre, puisqu’il n’y a pratiquement plus en France, aujourd’hui, de syndicalisme dans le secteur privé, la CGT redoute qu’une privatisation qui transformerait les agents d’EDF en salariés de droit privé, provoque une perte de militants, donc d’influence. On comprend donc la vigueur de sa "défense du service public", argument qui masque en fait l’autodéfense.
La baisse de qualité de service public à l’étranger invoquée par la CGT est réelle. Elle est due aux pannes de courant, consécutives à des capacités de production ou de transport insuffisantes dans les pays en question. Ces capacités insuffisantes résultent d’investissements insuffisants par les propriétaires privés des sociétés d’énergie de ces pays. Il faut bien comprendre que, pour faire le maximum de bénéfices, une telle société privée a intérêt à ce que ses capacités de production soient utilisées à 100% ou presque, quitte à ne pas fournir assez d’électricité lors des fortes pointes. Le problème vient d’un cahier des charges mal conçu, où le gouvernement ne leur a pas imposé de respecter des conditions d’investissement minimum pour anticiper les besoins de capacité. Il provient aussi parfois, comme en Californie, de prix trop bas fixés par le gouvernement, prix qui ne permettent pas d’investir. Une ouverture de capital n’est, par elle-même, ni une bonne ni une mauvaise chose : tout dépend de la manière dont le gouvernement rédige son cahier des charges et de son ingérence dans la politique tarifaire. La comparaison précédente des prix en Europe montre bien qu’une libéralisation n’a pas d’effet systématique de hausse ou de baisse des prix de l’énergie.
-  "EDF fournit un service de qualité depuis 60 ans, et aux prix les plus bas d’Europe depuis l’investissement en nucléaire des années 1970 : pourquoi risquer, par des privatisations, de mettre en péril ce service public apprécié des Français ?" Oui le service d’EDF a été de qualité, lorsque ses agents n’ont pas coupé délibérément le courant pour obtenir par la force des avantages qu’ils n’obtenaient pas par la négociation. Non, le prix n’est pas le plus bas d’Europe, nous l’avons vu. Mais dans sa prise de position, la CGT oublie ce qui a changé :
-  Le marché de l’énergie n’est plus français, il est européen ;
-  Il n’y a plus de monopole pour la production, il y a concurrence en France et dans le reste de l’Union européenne ; cette ouverture à la concurrence entraîne mécaniquement des pertes de part de marché pour EDF, donc des sureffectifs. Pour justifier les salaires de ces sureffectifs, ne pas les payer à ne rien faire, ainsi que pour faire profiter les Français d’économies d’échelle, EDF doit se développer ; pour se développer l’entreprise a besoin d’argent ; pour accéder au marché mondial des capitaux dans les mêmes conditions que ses concurrents, l’entreprise doit être une société privée, où l’Etat peut rester majoritaire. Voilà pourquoi la transformation en société de droit privé est indispensable.
Du reste, même avec son futur capital ouvert à 30%, EDF continuera à bénéficier d’emprunts à des conditions avantageuses, parce que son actionnaire majoritaire est l’Etat français, solide et réputé bon payeur.
-  Le service public ne sera mis en péril par cette future société de droit privé que si l’Etat, actionnaire majoritaire absolu, se comporte mal, en ponctionnant ses fonds, en l’empêchant d’investir ou en omettant d’imposer un cahier des charges de service public. Le risque est le même que pour toute politique de service public, de n’importe quel gouvernement : si elle est mauvaise ou imprévoyante, les citoyens en pâtiront. Ce risque n’est nullement augmenté par l’ouverture de 30% du capital, la CGT a tort de le faire redouter.
-  Il n’y a pas "privatisation" d’EDF, mais ouverture de son capital. Le changement de forme juridique ne change en réalité ni le pouvoir dans l’entreprise, ni son caractère tellement public que l’ensemble des 30% d’actionnaires minoritaires ne pourra jamais s’y opposer à l’Etat.
Toute la protestation contre ce changement de forme juridique est du bruit fait pour rien : non seulement elle n’empêchera pas l’évolution, mais le développement de l’entreprise qu’il permet est dans l’intérêt des agents, dont les privilèges sont préservés.
-  "L’ouverture des marchés entraîne une hausse des prix pour les usagers, qui paient pour rétribuer les actionnaires."
Cet argument de la CGT est aussi faux que les précédents. Les graphiques précédents ont montré l’absence de corrélation entre prix de l’électricité et libéralisation. Et l’Etat restant aussi maître de l’entreprise qu’aujourd’hui, il n’y a rien de changé pour les clients - que la CGT s’obstine à appeler "usagers" parce qu’elle ne peut se faire à l’idée qu’il n’y a plus de monopole, que ses abonnés ne sont plus captifs.
Si des actionnaires doivent être rétribués un jour, grâce à des prix assez élevés pour que l’entreprise fasse des bénéfices substantiels, ce sera parce que l’Etat l’aura décidé, pour s’approprier ces bénéfices, impôt déguisé sur l’énergie. En fait, l’arrivée d’actionnaires privés ne se conçoit qu’avec un pacte, où l’Etat garantit une rétribution de leur capital en échange des investissements indispensables au développement de l’entreprise, investissements pour le service public dont l’Etat est ainsi déchargé. C’est le même mécanisme que pour le financement des autoroutes.
-  "EDF vend du courant à prix coûtant. Après privatisation les usagers paieront plus cher pour enrichir les actionnaires."
Non, EDF ne vend pas au prix coûtant, aucune entreprise ne peut le faire. Si elle le faisait, elle ne disposerait pas des marges nécessaires pour investir et aurait besoin de subventions incessantes, aux frais des contribuables.
-  "Il faudrait vendre l’électricité plus cher aux multinationales, qui sont riches, et à ceux qui font des profits financiers." La discrimination commerciale est interdite par les lois de l’Union européenne.
-  "Il faudrait regrouper EDF et GDF en un monopole public de l’énergie, pour que ce monopole reste au service de tous les Français et pour éviter qu’il prenne aux Français de quoi rétribuer des capitalistes." Ces propositions sont cohérentes avec la politique communiste de lutte des classes et du tout-Etat, à laquelle la CGT n’a jamais renoncé.
-  Malheureusement, elle n’est pas compatible avec les principes d’égalité d’une société libérale et de l’Union européenne.
-  Elle est, en plus, absurde : en décourageant les multinationales d’investir dans la production et le transport d’électricité en France, elle prive les Français d’investissements indispensables et les agents d’EDF du développement qui justifie le maintien de leurs effectifs.
-  Enfin, l’histoire a montré que les solutions collectivistes sont désastreuses en économie, ou au minimum incomparablement moins favorables au niveau de vie que les solutions libérales ; c’est pour cette raison que l’Union européenne a adopté des principes libéraux d’économie.

3.1 Quelques détails sur la CGT

Pour illustrer l’éthique et les pratiques de la CGT, voici un extrait commenté de la contribution qu’elle a fournie par écrit au Sénat au sujet du "service minimum" dont celui-ci étudiait la possibilité. Cet extrait est dans l’annexe 2 du rapport 194 (98-99) du Sénat [7].
"La CGT, respectueuse de ce droit [de grève] fondamental des salariés, s’oppose à toute réglementation et même à (toute) forme de négociation de ce droit..." Autrement dit, la CGT considère que la souffrance de centaines de milliers d’usagers des transports, les pertes économiques de dizaines de milliers d’entreprises et les centaines de millions de coût pour les contribuables n’entrent pas en ligne de compte devant le droit absolu de faire grève de quelques milliers de salariés des transports. _ Belle affirmation d’égoïsme et de droit du plus fort !
"... ce droit des salariés qui peut s’exercer même sans concertation préalable."
Autrement dit, la CGT revendique le droit pour les salariés de frapper d’abord, même avant toute tentative de dialogue, pour imposer par la force la satisfaction de leurs revendications.
"C’est au contraire l’interdiction de licencier ou de sanctionner tout salarié exerçant une action revendicative qu’il faut assurer."
Et la CGT réclame l’impunité pour ce genre de grévistes, quel que soit le mal qu’ils ont fait au public.
"Aucun service minimum ne doit être instauré, ni par la voie législative, ni par la voie réglementaire, encore moins par la négociation avec les organisations syndicales..."
Toujours le droit absolu des salariés d’obtenir par la force ce qu’ils réclament, quel qu’en soit le coût pour le public pris en otage.
"Dans la santé, comme dans le secteur de l’énergie, celui des transports, des communications et bien d’autres, les salariés en lutte savent organiser les mouvements de grèves afin que les services vitaux soient assurés ; souvent ce savoir-faire était toléré par des directions. Ce savoir-faire a conduit plus récemment à adopter des modalités d’action ne portant aucun préjudice aux usagers, bien au contraire (gratuité des transports, des péages, basculement des compteurs [EDF] en heures de nuit)."
La CGT est donc fière d’un savoir-faire et d’actions parfaitement malhonnêtes et illégales au détriment des entreprises de transport ou d’EDF, donc des contribuables, en affirmant qu’elles bénéficient aux usagers. Elle a exprimé sa fierté par écrit aux sénateurs dans un texte qui constitue une menace de recourir à de telles actions.

De telles prises de position montrent le caractère irresponsable de la CGT, qui se comporte ici comme si l’Etat et les entreprises étaient infiniment riches et que les voler n’est pas du vol. Avec de tels propos, la CGT ne peut s’adresser qu’aux salariés incapables de distinguer ce qui est honnête de ce qui ne l’est pas, et ce qui est possible de ce qui ne l’est pas.

Il est consternant que, dans son rapport [7], la Commission du Sénat n’ait pas commenté ce texte comme il le mérite. Il est aussi consternant que personne, au Sénat, au gouvernement ou dans les médias, ne l’ait porté à la connaissance du public pour faire éclater le scandale d’une CGT au-dessus des lois !

Pour que l’on comprenne bien la CGT, voici des extraits d’une interview au journal l’Humanité donnée le 11 mai 2001 par M. Bernard Thibault, son secrétaire général :
"Dès lors qu’un licenciement pour motif économique réel et sérieux intervient pour un ou plusieurs salariés, les employeurs doivent être solidairement responsables, notamment dans une même branche professionnelle ou un même territoire, pour formuler des propositions concrètes à leurs personnels (nouvel emploi, congé de conversion, reclassement, formation professionnelle...). La validité des propositions doit être suivie par une commission territoriale tripartite (élus locaux, organisations syndicales, patronat)."
"Cette obligation pour l’employeur et cette garantie pour le salarié doivent se matérialiser par le maintien du contrat de travail jusqu’à une solution durable, satisfaisante pour le salarié. Elles doivent également s’appliquer pour les groupes nationaux ou internationaux dont les décisions stratégiques affectent tout autant les effectifs de leur firme que les emplois induits par leur activité, entre autres parmi leurs sous-traitants."
Cette demande de la CGT revient à rendre le licenciement impossible, puisque le contrat de travail serait maintenu jusqu’à ce que le salarié ait reçu une proposition qui lui plaise ! Les salariés pourraient ainsi impunément formuler des exigences déraisonnables, comme de trouver exactement le type de travail qu’ils aiment, quelle que soit leur qualification, tout près de chez eux, avec un excellent salaire, etc., et refuser toutes les autres propositions... tout en continuant à toucher leur salaire.

En outre, les entreprises concurrentes de celle qui licencie devraient être solidaires avec elle pour payer ses anciens salariés, comme si les entreprises avaient jamais été disposées à épauler un concurrent en difficulté, comme si elles étaient assez riches pour cela.

Si une loi rendait obligatoires de telles dispositions, plus aucune entreprise n’embaucherait de salarié avec un contrat à durée indéterminée, toutes les entreprises qui le peuvent délocaliseraient, plus aucune société étrangère n’investirait en créant des emplois en France. Les salariés en souffriraient énormément, ils seraient les premières victimes. Et il est probable que l’Union européenne s’y opposerait fermement en votant des lois contraires, lois qui prévaudraient sur la loi française.

Avec des propositions aussi irresponsables, la CGT ne défend pas les travailleurs, elle cherche seulement l’adhésion de ceux qui manquent de discernement.

3.2 Les coupures de courant du 7 juin 2004

on se les gèle avec EDFCe jour-là, la CGT a procédé à d’importantes coupures de courant, qui ont affecté la SNCF et le député UMP de Cahors. Le secrétaire général de la fédération Mines-Energie de la CGT, M. Frédéric Imbrecht, a revendiqué ces actions, destinées selon lui à faire pression sur le gouvernement pour qu’il renonce à sa "privatisation d’EDF". Il a promis d’autres actions spectaculaires si le gouvernement ne capitule pas devant la volonté inébranlable de la CGT, présentée comme nécessaire à la sauvegarde du service public. En d’autres termes, la CGT a recouru à des actions illégales de sabotage économique et à des menaces contre le gouvernement de la France, actions sans rapport avec le droit de grève.

Selon la SNCF, les coupures de courant ont affecté plus de 250 trains et 500.000 voyageurs. Le coût élevé pour la SNCF et l’économie française (perte de chiffre d’affaires et d’heures travaillées) s’ajoute à la privation de liberté de voyager des gens pris en otage, liberté qui est un droit constitutionnel.

La CGT, qui représente moins de 4 % des salariés, c’est-à-dire moins de 2 % des Français, a une fois de plus essayé d’imposer par la violence au reste des citoyens sa vision communiste de notre société, et sa volonté de préserver un monopole d’Etat contraire aux engagements européens libéraux de la France. Elle a ainsi réaffirmé son mépris de la démocratie, qui veut que ce soit le Parlement qui accepte ou refuse les propositions du gouvernement, et son mépris du temps perdu des Français qui voyagent et de l’économie du pays.

Interviewé le soir même sur LCI, le Premier ministre s’est contenté de déclarer que cette forme de contestation était malheureuse, et que pour défendre le service public il faut lui permettre sa pérennité. Au lieu de faire son devoir, qui est de faire respecter l’état de droit en traduisant en justice les syndicalistes coupables, il a ainsi montré sa faiblesse, ce qui encourage la CGT à recommencer, sûre de l’impunité. Quel scandale que cette preuve qu’en France, en 2004, la CGT communiste est plus forte que le gouvernement démocratiquement élu !

3.3 Le 8 juin et ensuite

Le lendemain 8 juin, les médias ont constaté qu’une forte majorité de Français, à droite (exemple : M. Patrick Devedjian) comme à gauche (exemple : M. Jack Lang) désapprouvait l’action de la CGT. Si le gouvernement n’était pas aussi faible, il en profiterait pour annoncer un référendum sur l’obligation de continuité dans les services publics essentiels que sont l’énergie et les transports en commun, c’est-à-dire l’interdiction ou la très forte limitation du droit de grève dans ces secteurs.

Mais tout le monde a constaté qu’aucune punition n’était envisagée contre les agents ou syndicats qui ont coupé le courtant. Ces derniers en ont conclu que leur impunité était assurée. Force Ouvrière, par la voix de son Secrétaire général Jean-Claude Mailly, s’est associée au mouvement et a aussi revendiqué des coupures. Le Groupe des dix, association de syndicats comprenant la centrale d’extrême gauche SUD, en a fait autant. Chacune de ces organisations a eu peur d’être débordée par les autres et par sa base, dont certains agents voulaient effectuer des coupures jusqu’à ce que l’Etat cède en renonçant au changement de statut. Les coupures de courant sauvages se sont multipliées, sans qu’aucun membre du pouvoir ne parle de sanction ou d’action en justice, sans qu’aucun se préoccupe de défendre l’état de droit et la démocratie.

La CGT a lancé une grande manifestation nationale pour le 15 juin, pour protester à la fois contre le changement de statut d’EDF et la réforme de la Sécurité sociale, sujets pourtant sans rapport entre eux. Et elle a invité les autres centrales syndicales à s’y associer. En faisant l’amalgame entre des sujets différents, la CGT, FO, SUD, etc. manifesteront pour manifester, c’est-à-dire pour affirmer leur opposition idéologique aux institutions libérales de la France et à ses engagements européens. Méprisant les réalités économiques, ces organisations vont défiler au nom d’un communisme dépassé, dont l’échec a été prouvé par l’Histoire, mais dont un grand nombre de Français ne voient pas l’absurdité et l’impasse politique.

4. Conclusions

-  Ni le gouvernement ni la CGT n’énoncent les vraies raisons de leur attitude. Le gouvernement n’ose pas avouer sa peur des syndicats du secteur public, qui ont montré leur force dans les grandes grèves de 1995. La CGT prétend défendre le service public pour obtenir le maintien des privilèges de ses agents et son influence.
-  Les privilèges actuels des agents EDF, supérieurs même à ceux des fonctionnaires de l’Etat ou des collectivités locales, en France et à l’étranger, dureront tant que personne n’aura le courage de s’opposer à l’injustice et au coût économique qu’ils représentent.
-  La CGT a une vision communiste de l’économie et de la société :
-  L’Etat doit être propriétaire collectif de tous les moyens de production, d’où la demande de fusion EDF-GDF en tant que monopole national ;
-  D’après la "science" du Matérialisme historique de Karl Marx, le capitalisme est voué à sa perte, pour être remplacé par une société communiste. De ce fait, toute action des masses prolétariennes pour accélérer la fin du capitalisme est dans le sens de l’histoire, même si elle est violente. C’est pourquoi les communistes de la CGT considèrent que le sabotage de l’économie française par les grèves et les coupures de courant sont un aspect logique de la lutte des classes pour la fin du capitalisme et l’avènement du communisme ;
-  L’Etat doit s’approprier les bénéfices éventuels, pour les redistribuer ou en faire profiter le peuple, d’où le refus de la concurrence et de l’économie libérale, commun à toute l’extrême gauche ;
-  Beaucoup de gens manquent de confiance dans les étrangers. Ils ne peuvent supporter l’idée que ceux-ci détiennent des actions d’EDF. Exemple : M. François Bayrou refuse de "céder les centrales nucléaires françaises à des retraités californiens". Mais ces mêmes personnes réclament qu’EDF, entreprise publique, achète des actions d’entreprises étrangères et intervienne dans les marchés d’autres pays. C’est inéquitable, incohérent, contraire au droit européen. Et M. Bayrou se prétend pro-européen !
-  L’ouverture de 30% du capital ne change rien au fond : l’Etat pourra continuer à :
-  fixer les prix d’EDF, artificiellement bas pour subventionner l’économie (hypothèse très peu probable) ou élevés, pour prélever une sorte d’impôt sur l’électricité, ce qu’il fait aujourd’hui ;
-  apporter de l’argent à l’entreprise (en capital, en compte d’actionnaire, en prêt ou caution de prêt) ;
-  privilégier les salariés d’EDF au détriment des fonctionnaires ou du secteur privé, et aux frais des contribuables et des consommateurs d’électricité.
-  L’Etat, qui n’ose l’annoncer aujourd’hui, devra prendre en charge les engagements de retraite d’EDF, en mettant les 50 milliards d’euros correspondants à la charge des contribuables. C’est la seule manière d’en décharger l’entreprise, qui n’aura jamais les moyens de les inclure dans ses comptes. Cela représente une hausse de 5% de la dette nationale de 1000 milliards d’euros en 2004, due à une seule entreprise, à sa générosité excessive et à ses pratiques comptables détestables.
-  M. Frédéric Imbrecht, de la CGT, appelle les abonnés d’EDF des "usagers". Bien que, pendant l’émission "C dans l’air" [2], on lui ait fait remarquer qu’un usager n’a pas de droits face à son fournisseur alors qu’un client en a, il a continué à appeler les abonnés d’EDF des usagers. Cela montre la mentalité des syndicalistes CGT, qui ne peuvent s’habituer à la fin du monopole d’EDF.
-  Le succès de l’ouverture de capital et la santé à long terme d’EDF dépendent de la qualité du cahier des charges de service public qui lui sera imposé : investir au fur et à mesure, en anticipant les besoins, garantir la sécurité des centrales et du réseau, garantir la fourniture de courant sur tout le territoire 24 heures sur 24, etc.
-  Tant que le gouvernement français fera preuve de faiblesse vis-à-vis des syndicats de fonctionnaires, l’économie française progressera moins vite qu’elle pourrait le faire sans le boulet de l’immobilisme et des avantages injustes et coûteux accordés aux privilégiés que ces syndicats défendent.
Tant qu’il ne fera pas respecter l’état de droit, on lui manquera de respect et on votera contre lui à chaque occasion.

Sources et références

[1] Le Monde du 27/05/2004 "Forte mobilisation contre le changement de statut d’EDF-GDF - Les agents en grève n’ont pas été convaincus par les "garanties" sur le maintien de leur statut et l’affirmation qu’EDF et GDF "ne seront pas privatisées", martelées ces dernières semaines par le ministre des finances, Nicolas Sarkozy, et le premier ministre." téléchargé le 29/05/2004 de la page http://www.lemonde.fr/web/recherche_articleweb/1,13-0,36-366526,0.html.

[2] France 5, émission "C dans l’air" "Social : la méthode zig-zag" du 28/05/2004, pages téléchargées le 29/05/2004 : http://www.france5.fr/cdanslair/006055/185/114198.cfm et liste des invités http://www.france5.fr/cdanslair/006055/185/114199.cfm.

[3] iFRAP (Institut Français de Recherche sur les Administrations Publiques) pages http://www.ifrap.org/0-ouvrirlesite/brevjanv03.html#edf , http://www.ifrap.org/0-ouvrirlesite/brevnov02.html#roussely , http://www.ifrap.org/2-fromages/edfdgf.html , téléchargées le 30/05/2004.

[4] Regards du mois N° 70, octobre 2002, publié par la Direction du Personnel et des Relations Sociales d’EDF http://www.fnme-cgt.fr//contenu/doc/8969-fjoint_fnmeCGT.pdf téléchargé le 31/05/2004.

[5] Chiffres clés d’EDF http://www.edf.fr/index.php4 ?coe_i_id=10141 , http://www.edf.fr/index.php4 ?coe_i_id=237 et http://www.edf.fr/index.php4 ?coe_i_id=39 téléchargés le 31/05/2004.

[6] .Rapport annuel 2003 d’EDF, téléchargé le 31/05/2004 de la page http://www.edf.fr/html/ra_2003/pdf/edf_ra2003_full_vf.pdf

[7] Rapport 194 (98-99) du Sénat : Proposition de loi relative au service minimum en cas de grève dans les services et entreprises publics téléchargé le 05/01/2004 de http://www.senat.fr/rap/l98-194/l98-194.html . Ce rapport contient, dans son Annexe 2 - Contribution de la CGT, les extraits de texte repris au paragraphe "Quelques détails sur la CGT".

 

Daniel MARTIN, le 29 juin 2004, http://www.dossiersdunet.com/article.php3?id_article=247